Pékoudé 5785 – n°450

Rav Yossef ‘Haïm Zonenfeld

Nous concluons le livre de Shémot avec la dernière paracha consacrée à la construction du Mishkan. La Thora commence par le verset suivant “אֵלֶּה פְקוּדֵי הַמִּשְׁכָּן מִשְׁכַּן הָעֵדֻת, אֲשֶׁר פֻּקַּד עַל-פִּי מֹשֶׁה – Voici le compte du Mishkan, du Mishkan de l’alliance”.

Notre maître Rachi explique la répétition à priori inutile du mot Mishkan: “Le mot Mishkan est répété deux fois, allusion au Beit Hamikdach qui fut pris en gage (“mashkone”) lors des deux destructions, à cause des fautes d’Israël.

Nous voyons ici que la destruction du Temple est comparée à un gage, de la même manière qu’un objet est saisi par le créancier jusqu’à ce que la dette soit payée. Ainsi, Hashem a retiré le Temple d’Israël, en guise de ‘gage’, jusqu’à ce que nous nous acquittions de notre ‘dette’ envers Lui et fassions téchouva (repentance).

Notre maître Rabbi Yossef ‘Haïm Zonnenfeld pose la question suivante : la Torah enseigne que lorsqu’on prend un gage, “tu ne pourras pas dormir avec ce qui a été pris en gage ; au coucher du soleil, tu le rendras”. Pourquoi Hashem nous prive donc de la reconstruction du Temple pendant une si longue période ? En effet, nous en avons besoin chaque jour, et il semblerait que nous aurions dû retrouver notre gage immédiatement.

Il répond lui-même en se basant sur ce même principe : on est tenu de rendre le gage chaque nuit ou chaque jour uniquement si le débiteur ne possède pas d’autre vêtement ou d’autre bien que celui qui est pris en gage. Or, si le débiteur peut se débrouiller sans ce bien, le créancier n’est pas obligé de le lui restituer chaque soir. Malheureusement, poursuit Rabbi Yossef ‘Haïm Zonnenfeld, nous avons trop l’impression de “nous débrouiller” aisément sans le Temple. La majorité du peuple, même en exil, profite d’un certain confort et demeure absorbée dans sa vie quotidienne. Dès lors, Hashem ne nous rend pas le ‘gage’ du Temple.
En revanche, si nous ressentions réellement la douleur de la Shékhina (présence divine) et si nous réalisions à quel point l’absence du Temple nous prive de l’essentiel de la vie, Hashem nous l’aurait déjà rendu depuis longtemps, rebâtissant ce sanctuaire, notre gloire et notre splendeur.

Cependant, Rabbi Zelmalé de Volojine avance une idée supplémentaire : même si l’ensemble d’Israël n’a pas encore mérité la reconstruction du Temple, tout individu qui l’attend et qui souffre chaque jour de sa destruction bénéficie néanmoins d’une manifestation privée de la Shékhina. C’est comme un “fragment” du gage qui lui est rendu à titre personnel.

Ainsi, nous disposons de la clé pour ressentir une présence divine particulière qui nous serait dédiée !

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